Le répertoire de chansons françaises et italiennes de la Renaissance invite l'auditeur à se plonger dans un monde où s'entrechoquent et se superposent les souvenirs de la poésie courtoise médiévale, la rigueur des lamentations antiques et un style narratif entièrement polyphonique, mais aussi de l'"air de cour" français ainsi que de la première forme madrigalesque italienne. Les chansons et les frottoirs de cet enregistrement font naître des émotions discrètes, presque énigmatiques, dans lesquelles la musique et le texte se fondent en une unité transparente et retenue. Guidée par le son subtil du luth de Hopkinson Smith, la voix diaphane de la soprano allemande Sophie Klussmann parcourt ce domaine méconnu de la première Renaissance en quatre sections qui sont autant d'allers-retours entre la France et l'Italie font la navette. La mélancolie espiègle des chansons de Claude de Sermisy et d'autres contemporains français s'y heurte aux pièces plaintives de Marchetto Cara et Bartolomeo Tromboncino, deux magnifiques exemples de la forme frottola. Au cours de ces soixante minutes, Sophie Klussmann crée des des expériences sonores exquises et précieuses qui rappellent que le cœur et l'âme de ces instantanés est très souvent l'amour, et dans le seul morceau du programme dont le texte est de nature religieuse - la prière "Se mai per maraveglia" - son timbre d'or sombre suggère l'éternel.